Antoine (suite)
24/02/2009 17:24 par bonnyportmore
Il était rentré tard ce soir là, et en tournant la clé dans la serrure, une étrange sensation l’avait pris à la gorge. Antoine se dirigea vers la penderie qu’il ouvrit violemment. Les vêtements de Léa avaient disparus, seule une lettre gisait sur une étagère.
Il resta un instant immobile, puis un cri venant de nulle part s’échappa de sa gorge ! Léa était partie.
Ce matin la, il décida de mourir. Vivre sans Léa n’avait pas de sens. Depuis son départ, il avait maigri et ne se reconnaissait plus. Chaque journée devenait insupportable, il attendait la nuit comme une délivrance de sa douleur. Il avait progressivement rompu avec son cercle d’amis et préférait la solitude aux discussions futiles.
Avaler une gorgée de café était devenu impossible. Il se laissait dépérir. A ce rythme dans quelque mois il ne serait plus qu’un spectre.
Depuis la rupture, il souffrait de dépersonnalisation. Ses émotions étaient tellement fortes, qu’il avait érigé une barrière pour s’en protéger. Ainsi, Il vivait à coté des autres et était spectateur de sa vie. C’était une sensation étrange qui l’angoissait profondément.
Une lettre dans la main qu’il avait relue des dizaines de fois. Elle était partie. Elle l’avait quittée. Cela faisait 5 ans qu’ils partageaient le même appartement les mêmes habitudes. Aucun signe avant coureur, l’annonce brutale de la rupture l’étonnait encore. Il n’y croyait pas. Il ne voulait pas y croire.
Ils avaient décidé de se marier en été. Les faire parts avaient été envoyés aux convives. Et en quelques secondes, tout s’anéantissait. Il essayait de comprendre le pourquoi de ce revirement.
Mais il fallait se rendre à l’évidence, aucune raison n’apaiserait sa douleur. Il avait mal. Ces projets s’envolaient
Antoine avait depuis peu repris l’entreprise familiale, et cette stabilité professionnelle lui avait donné envie d’avancer dans sa vie personnelle. Il se souvint encore du moment où il l’avait demandée en mariage. Il se souvint de son regard, de cette lueur dans les yeux qui ne laissait aucun doute sur les sentiments de Léa à son égard. Il aurait voulu immortaliser ce moment.
Il n’avait pas souhaité faire une demande trop conventionnelle. Antoine avait choisi ce petit café, l’imprévu, où ils s’étaient rencontrés 5 ans plus tôt.
Léa n’avait eu aucune once d’hésitation. En signe d’acquiescement, elle s’était jetée au cou d’Antoine. C’était le plus beau jour de sa vie.
Ce matin, il était retourné à l’imprévu avec l’espoir de conjurer le mauvais sort. Il pensait qu’il pourrait changer son destin.
Mais manifestement, la lettre ne disparaissait pas et il sombrait dans une impasse.
La peinture vient de l'endroit où les mots ne peuvent plus s'exprimer. Gao Xingjian
Elle décida de sortir, d’aller boire un café à la terrasse du coin, de profiter des rayons de soleil de ce mois de février. Mayann avait toujours aimé ce paradoxe entre la chaleur du soleil et le froid sec de l’hiver. Deux forces qui essayaient de s’imposer mais qui finalement finissaient par cohabiter.
Elle avait emporté son manuscrit avec elle, avec l’idée de l’abandonner,comme on abandonne un enfant en espérant lui donner une seconde chance. Mayann croyait qu’elle n’était pas assez douée pour faire de son manuscrit, une œuvre reconnue. Elle préférait le remettre au hasard de la vie.
Elle le posa sur la petite table et repensa au moment où elle avait pris sa plume pour la première fois bercée alors d’illusions et rêvant à sa future carrière.
Depuis toujours, elle se débattait avec ses réflexions métaphysiques L’absence de réponse la terrorisait car plus ces questions existentielles l’envahissaient plus elle s’éloignait de l’humanité. Elle évoluait dans une autre sphère. En écrivant elle pensait qu’elle trouverait un sens à sa vie, mais la vie en avait manifestement décidé autrement.
Le serveur lui apporta une tasse encore chaude. Elle aimait poser ses mains sur la porcelaine, l’odeur du café éveillant ses sens, faire fondre délicatement le sucre, sentir cette chaleur, se sentir vivre.
Assise là, elle était comme les communs des mortels
Après la dernière goutte, Mayann s’en alla, laissant derrière elle un pan de sa vie. Libre, voilà ce qu’elle était. Alors que cette nouvelle perspective l’étourdissait, elle se demanda pour la première fois, comment elle allait occuper sa journée.
Elle décida de faire le tri dans ses connaissances, de réfléchir véritablement à ce que chaque personne lui apportait. Elle les avait rencontrées à une certaine étape de sa vie, ne doutant aucunement de l’intérêt de cette coïncidence. Mais elle avait évolué depuis, et leurs chemins s’étaient séparés.
Certaines relations devenaient toxiques pour elle. Elle avait besoin de casser ses liens .elle se souvint alors de la réflexion d’une amie au détour d’une conversation sur l’importance des séparations en psychothérapie.
Elle pesait maintenant le poids de ces mots. Elle devait rompre avec sa vie d’avant. Avant elle vivait pour écrire. Pour quoi vivrait-elle maintenant, quel sens donner à sa vie ?
Mayann eut un vertige à l’idée de l’inconnu. Elle décida de se faire plaisir jugeant qu’elle l’avait bien mérité après toutes ces années dédiées à l’écriture. Elle ne s’était jamais reconnu le droit au plaisir et les rares fois où elle avait succombé, elle avait ressenti alors une grande culpabilité.
Elle se rendit compte alors qu’elle ne savait pas ce qui lui faisait plaisir, ce qui la rendit triste. Comment avait- elle pu passer à coté d’elle même sans s’en apercevoir? Elle avait tout à découvrir.
Mais Quelque chose avait changé, et pour une fois dans son existence, elle avait le cœur léger. Elle s’étonna même de n’avoir jamais ressenti cela auparavant . Elle s’ouvrait au monde.
Elle décida de se promener, arpentant les rues au gré de ses envies. Elle se posta devant une parfumerie. Elle avait toujours aimé sentir des essences nouvelles s’enivrer de ces microparticules, s’évader.
Mayan avait d’ailleurs connu peu de répits depuis son jeune âge. Le divorce de ses parents, l’avait profondément traumatisée et elle avait fini par trouver un refuge dans l’écriture.Le foyer familial régit par une femme l’avait éloignée des hommes. Ceux-ci étaient devenus pour elle des êtres incompréhensibles et elle s’accrochait tant bien que mal à la figure paternelle.
Serge Reggiani
LE TEMPS QUI RESTE
Paroles: Jean-Loup Dabadie, musique: Alain Goraguer, 2002
Combien de temps...
Combien de temps encore
Des années, des jours, des heures combien?
Quand j'y pense mon coeur bat si fort...
Mon pays c'est la vie.
Combien de temps...
Combien
Je l'aime tant, le temps qui reste...
Je veux rire, courir, parler, pleurer,
Et voir, et croire
Et boire, danser,
Crier, manger, nager, bondir, désobéir
J'ai pas fini, j'ai pas fini
Voler, chanter, parti, repartir
Souffrir, aimer
Je l'aime tant le temps qui reste
Je ne sais plus où je suis né, ni quand
Je sais qu'il n'y a pas longtemps...
Et que mon pays c'est la vie
Je sais aussi que mon père disait:
Le temps c'est comme ton pain...
Gardes en pour demain...
J'ai encore du pain,
J'ai encore du temps, mais combien?
Je veux jouer encore...
Je veux rire des montagnes de rires,
Je veux pleurer des torrents de larmes,
Je veux boire des bateaux entiers de vin
De Bordeaux et d'Italie
Et danser, crier, voler, nager dans tous les océans
J'ai pas fini, j'ai pas fini
Je veux chanter
Je veux parler jusqu'à la fin de ma voix...
Je l'aime tant le temps qui reste...
Combien de temps...
Combien de temps encore?
Des années, des jours, des heures, combien?
Je veux des histoires, des voyages...
J'ai tant de gens à voir, tant d'images..
Des enfants, des femmes, des grands hommes,
Des petits hommes, des marrants, des tristes,
Des très intelligents et des cons,
C'est drôle, les cons, ça repose,
C'est comme le feuillage au milieu des roses...
Combien de temps...
Combien de temps encore?
Des années, des jours, des heures, combien?
Je m'en fous mon amour...
Quand l'orchestre s'arrêtera, je danserai encore...
Quand les avions ne voleront plus, je volerai tout seul...
Quand le temps s'arrêtera..
Je t'aimerai encore
Je ne sais pas où, je ne sais pas comment...
Mais je t'aimerai encore...
D'accord?
"la vie est trop courte pour être petite."