lueur d'espoir
20/12/2010 12:49 par bonnyportmore
La fusion du départ laissa place à l’incompréhension. Antoine s’était leurré et Léa tomba de son pied d’Estale. Il se pensait semblables et découvrait combien ils étaient différents. Qu’allait-il faire de cette différence ?
Elle le gênait car ce n’était pas l’idée qu’il se faisait d’un couple. Il voulait qu’elle le comprenne, qu’elle saisisse ses émotions. Pour tant l’agacement de Léa montrait les limites de son empathie. Lui avait il demander une chose impossible ? Il resta dans ses pensées toute la matinée, rongé par une colère intérieure car il en voulait malgré lui à Léa.
Il redevenait le petit garçon qu’on devait rassurer. Il voulait entendre certains mots mais Léa semblait incapable de le réconforter. Léa quant à elle se montrait de plus en plus distante, sortait souvent sans Antoine. Depuis son entrée au Barreau, elle s’était faite de nouveaux amis et invitait que très rarement Antoine à les rejoindre.
« Tu risques de t’ennuyer : justifiait- elle. »
Antoine se sentait de plus en plus seule et passait ses soirées sur son ordinateur, sa seule relation au monde.
« Qu’est ce qui se passe Léa ?
-Tu ne m’aimes plus ?
-Pourquoi dis tu ça ?
-Tu passes toute tes soirées sans moi, j’ai l’impression que tu n’as plus besoin de moi.
-Ce n’est pas ça, Antoine, j’ai besoin de voir d’autres personnes, de m’ouvrir. Notre vie actuelle me pèse parfois. Je n’ai jamais aimé la routine.
-Tu trouve notre vie routinière ? Je pense le contraire. »
Léa commença à monter en pression :
- « Tu ne me parles pas Antoine, tu restes les yeux rivés sur l’écran. Tes conversations virtuelles sont plus palpitantes ?
- Mais non Léa, qu’insinues-tu. J’essaie de te parler mais tu ne veux rien entendre.
Léa sortit de la salle épuisée après six longues heures à plancher sur le sujet. Désormais, le résultat ne dépendait plus d’elle, elle s’en remettait au destin. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle aperçut Antoine assis sur un banc. Il l’attendait, il voulait recueillir ses premières impressions.
Elle lui sourit et Antoine comprit qu’elle avait réussi. Il se sentit fier d’elle. Le drame de la veille n’avait pas entamé son ambition. Léa sous ses airs fragiles était forte. Il aimait ça. Il l’invita alors à se détendre au cours d’un déjeuner improvisé.
« Bien volontiers : répondit Léa. » Et pour la première fois, elle le regarda et elle aima ce qu’elle vit. Ce n’était plus le jeune universitaire effacé mais un homme attentionné qu’elle avait en face d’elle. Ils dialoguèrent toute la fin d’après midi, évoquant leurs passions, leurs vies et s’étonnèrent de toutes ces choses qu’ils avaient en commun. Dès lors une grande complicité commença à s’installer en eux. Léa habitait toujours chez Antoine et apparemment elle ne semblait pas pressée de trouver un nouvel appartement. Elle appréciait de plus en plus sa présence, ces longs débats au cours desquels elle tentait de le rallier à sa cause. Ces soirées à regarder des vieux films. Antoine et Léa se ressemblaient.
« Qu’est ce qu’il y a ?
-Pourquoi me regardes-tu comme ça ? demanda Antoine.
-Tu me plais ! Lança Léa dans une franchise déconcertante. » Antoine rougit : jamais une femme ne lui avait fait de telles avances. Il eut l’envie soudaine de l’embrasser mais n’osa pas. Et si Léa le rejetait. Mais Léa interrompit brusquement ses pensées et posa ses lèvres sur les siennes. Le cœur d’Antoine explosait dans sa poitrine. Cette femme était étonnante.
Dès lors Léa s’installa officiellement chez Antoine. Tout allait très vite mais qu’importe, ils se sentaient bien ensemble. Un mois plus tard, Léa apprit qu’elle était reçue à l’examen d’entrée au barreau. Ils fêtèrent cette réussite en partant un week-end à Barcelone. Léa voulait voir les maisons de Gaudi. Antoine lui fit plaisir. Il voulait la rendre heureuse. Il aimait quand elle s’émerveillait et retrouvait un regard d’enfant.
Léa était la femme de sa vie celle avec qui il voulait tout partager. Son amour pour elle, était trop fusionnel ; il le savait mais il ne pouvait faire autrement: il fonctionnait comme ça.
Léa était plus indépendante. Elle n’hésitait pas à sortir avec des amis durant la semaine sans Antoine. Elle savourait ces moments là. Ils lui appartenaient. Antoine se sentait exclu et l’attendait patiemment ces soirs là. Il aurait pu en profiter pour faire de même mais les sorties sans Léa manquaient de saveur. Alors il veillait, tard parfois, à l’affut du moindre bruit de clé dans la serrure.
Un soir, Léa rentra si tard qu’Antoine s’endormit sur le sofa. Le lendemain, de mauvaise humeur et migraineux, il interrogea Léa au saut du lit.
« T’étais où, je t’ai attendue jusqu’à trois heures ? Lança t-il sèchement. C’était la première fois que Léa devait rendre des comptes sur ses escapades nocturnes. Elle ne le fit pas car Antoine n’avait pas besoin de savoir ce qu’elle faisait lors de ces soirées entre amis.
- Tu aurais pu appeler !
-Mais tu sais bien que je m’inquiète lorsque je n’ai aucun coup de fil. Je ne te demande pas grand-chose Léa, juste de tenir compte de ma sensibilité.
- Justement cette sensibilité m’agace parfois ! »
Cette remarque blessa Antoine et il ne sut quoi répondre. Le dialogue stoppa net et Léa vaqua à ses occupations laissant Antoine muet de stupeur.
Mayann et Vincent ne tardèrent pas à s’installer ensemble dans un magnifique deux pièces au cœur d’une petite résidence. Leur vie était rythmée par les aller et retour de Vincent et Mayann tuait le temps en travaillant de plus en plus tard.
Elle commença à aller de plus en plus mal.
7h30, gare de banlieue, cohue, pas anonymes. Mayann entendit l’ultime sonnerie signalant la fermeture des portes du RER. Comme chaque matin, elle répétait son meilleur rôle, s’engouffrer dans le vacarme, baisser les yeux pour éviter de croiser du regard ces âmes en peine. Elle attendait là, assise sur le siège en skaï rouge délavé. Parfois elle fermait les yeux pour arrêter le temps. Silence, bruits de journaux, murmures, elle vivait au rythme des portes qui s’ouvrent et se ferment happant la nature humaine.
Une lumière blafarde vint la suspendre de sa torpeur, agressive. Elle feint de ne pas comprendre mais déjà des milliers de gens la bousculaient, s’entassaient jusqu’à absorber la plus infime molécule d’oxygène.
-J’étouffe cria t’elle intérieurement.
Un quai à perte de vue le bruit des trains, la foule, elle sentait son cœur palpiter. Une nuée de forme s’avança, l’absorba et la transperça. Mayan hurla, terrorisée par cette proximité imposée.
Elle se liquéfiait sur place. Les rails si proches lui semblaient à ce moment l’unique aide à son salut. Sauter pour fuir.
Puis la panique l’envahit et elle sentit des larmes couler sur son visage décomposé.
Elle remonta dans le RER, et rebroussa chemin pour se réfugier chez elle.
-en sécurité : pensa –t-elle.
Les jours se succédèrent, identiques. Vincent ne se doutait de rien. C’était son secret.
Lever, transport, travail, transport, coucher. Sa vie lui échappait. Mayan se remplissait de tout, de l’amour que Vincent ne lui donnait pas. Son existence se résumait à des crises de plus en plus monstrueuses, gargantuesques qui s’enchainaient dans un rythme effréné.
Les paquets de gâteaux se succédaient dans la frénésie malgré la peur de se faire surprendre. Plus rien ne comptait désormais, il n’y avait plus qu’elle et cette nourriture qui l’apaisait.
-je serai en retard annonça Vincent.
Qu’avait –elle donc fait pour mériter cette indifférence. Mayann se glissa dans le lit froid et tenta se s’endormir. Mais une insomnie la gagna. Pour occuper le temps, elle prit sa plume et griffonna :
« Je n’en peux plus de souffrir. Je me dis que tout peut changer si je prends enfin les choses en main, la lumière est proche, je commence à sentir sa chaleur.
Bonne résolution, échapper à la tentation, à l’obsession : contrôle absolu !. Je vais me battre contre cette nourriture, me désintoxiquer, retrouver l’envie.
Ma vie, une attente perpétuelle. Le temps se déroule devant mes yeux et ma vie demeure en suspend. Après sa thèse, dans trois quatre ans….
L’espoir fait vivre, moi il me tue. Je me consume à petits feux et le désir s’efface lentement : mon désir d’être. Je me raccroche à nos souvenirs ; à tes promesses. J’attends un signe. Que tu me regardes, Vincent, que tu me trouves enfin séduisante. »
Ce mois décembre, Mayan s’en souvint, tout bascula. L’annonce fut brutale, inespérée’.
-J’ai envie d’avoir un enfant, il est temps : déclara Vincent.
Son plus beau cadeau, Mayann avait enfin trouvé ce pourquoi elle voulait vivre. Son ventre si souvent haï devenait un refuge, celui de l’amour.
-Léa ! Léa ! Chuchota Antoine.
Léa, s’étira et lui sourit. Épuisée par les événements de la veille, elle n’avait pas entendu le réveil sonner. Heureusement qu’Antoine l’avait réveillée d’un doux murmure. Prise de panique, elle se souvint qu’elle devait passer l’examen du barreau à 10h. Comment avait elle pu l’oublier ?
Cela faisait des années qu’elle travaillait d’arrache pied pour pouvoir se présenter. Elle s’habilla, prit son sac et claqua la porte. Antoine resta planté là, près du canapé défait, au milieu d’une odeur de parfum qui asphyxiait maintenant l’atmosphère.
Léa courut vers le quai du métro. Incident technique, elle devait patienter 10 minutes. Attente insupportable. Il arriva enfin, bondé, et elle s’y engouffra. Puis, les portes s’ouvrirent et elle s’évada. Elle était à bout de souffle quand elle entra enfin dans la salle d’examen. Elle prit une grande inspiration, et le sujet tomba.
- L’internement des aliénés et l’hospitalisation sous contraintes des malades mentaux.
Elle soupira de soulagement.